Le Théâtre de plein air de Hammamet est édifié quelques années après l’Indépendance et l’acquisition du domaine de Sebastian par l’État tunisien. Ce lieu n’est pas uniquement un espace dédié aux spectacles. Il est avant tout à l’image de la République naissante au sein de laquelle il a été conçu. C’est un projet ambitieux et audacieux, ancré dans l’Histoire de par son architecture gréco-élisabéthaine et résolument tourné vers l’avenir de par les aspirations qui ont présidé à sa naissance. Voué dès sa création à la diffusion des arts et de la culture nationale et internationale, le Théâtre de plein air abrite le Festival International de Hammamet, l’un des rendez-vous les plus attendus par les estivants.

En 1962, lorsque Chemetov et Deroche sont appelés pour concevoir le projet d’une  » Architecture brutaliste  » , le contexte était déjà marqué par les contraintes des restrictions budgétaires et la cherté des produits d’importation. Ils choisissent alors de favoriser la construction avec des matériaux locaux et les techniques de préfabrication. La pierre est utilisée pour les parois porteuses et notamment le mur du fond de scène. Les gradins sont le résultat d’un ingénieux assemblage de deux éléments de béton préfabriqués. Les tours de projections sont réalisées en béton armé, brut de décoffrage. La terrasse dans le prolongement de la scène est badigeonnée en chaux blanche. Le bar, œuvre d’Annie Tribel, est réalisé en simples parpaings, également peints en blanc. Enfin, les loges situées sous le théâtre sont couvertes par des voûtes surbaissés en brique creuse apparente. La mise en œuvre artisanale « telle quelle », la frugalité dans les matériaux choisis et enfin la rugosité des surfaces, donnent à l’ensemble une expressivité « brute » renvoyant à certains projets dits « brutalistes » de Le Corbusier des années 1950 ou encore des architectes brutalistes anglais de la décennie suivante. Beaucoup, a posteriori, analysent le travail de l’AUA comme une forme de « brutalisme à la française ».Plus qu’une volonté d’expression stylistique, le projet de théâtre à Hammamet donne à voir la manifestation physique d’un processus de fabrication: l’architecture plutôt comme le produit d’un travail que le résultat d’un style. Mieux encore, l’architecte gréco-élisabéthaine accepte spontanément la datation «grecque» de son projet par le jardinier.
Enfin, le théâtre d’Hammamet peut tout autant être regardé comme une expérience résolument moderne dans la redéfinition du lieu théâtral, notamment avec l’apport de Allio. Le projet résonne ainsi de différentes façons. S’il est brutaliste dans l’expression de ses matériaux et sa mise en œuvre, il est aussi atemporel par son atmosphère antique, et profondément moderne dans son projet culturel.
Actuellement, le théâtre d’Hammamet est en cours de réhabilitation. Il en avait peut-être besoin après plusieurs années de manque d’entretien. La réfection des panneaux réflecteurs du mur de fond de scène, la restitution du béton ou encore la remise en service de la terrasse sont certainement nécessaires. Le projet des années 1960 est multiple : politique, architectural et aussi poétique. Espérons que le projet de réhabilitation en cours sache être mesuré.


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