Située à mi-chemin entre kélibia et El Haouaria, en bordure de la mer, Kerkouane est un site archéologique antique qui présente l’un des sites les plus précieux en Tunisie. Jusqu’à nos jours, la cité de Kerkouane est l’unique dont la fondation remonte à l’époque punique. Contrairement à ce qui s’est passé à Carthage, Tyr ou Byblos, aucune agglomération romaine ne s’est surimposée à cette ville phénicienne. A ce titre, depuis le 28 Novembre 1986, Kerkouane est inscrite par l’UNESCO sur la Liste du Patrimoine Mondial. Ce site possède une valeur universelle primordiale en apportant un témoignage exceptionnel sur l’urbanisme phénico-punique. Il est l’exemple type d’architecture punique qui n’avait pas subi de modifications de la part des civilisations postérieures. De ce fait, la découverte de Kerkouane constitue un apport considérable pour une meilleure connaissance des sites phénico-puniques en Méditerranée.

Repéré au cours de l’année 1952, la cité de Kerkouane est le fruit authentique d’un beau mariage entre l’univers des Carthaginois dans toute sa complexité et le riche univers des Africains. Les dates de fondation et d’extinction du site ne sont pas documentées. En effet, en l’absence d’informations écrites, les fouilles sont l’unique source qui permet de penser que les libyens ont habité le site avant l’installation de la culture punique. Dans les différents secteurs de la ville, les premières fouilles effectuées ont montré qu’elle remonte au VIe siècle avant J-C. Le matériel dégagé permet d’établir la physionomie d’une ville punique en situant sa période d’existence entre le VIe siècle avant J-C et le milieu du IIIe siècle avant J-C. Les fouilles ont été l’œuvre de l’institut national d’archéologie et d’art. Le site archéologique de Kerkouane couvre une superficie d’environ huit hectares. Cette ville fortifiée, à double muraille, est peuplée par 2000 habitants environ. Elle possède un plan d’urbanisme très bien élaboré. Probablement détruite et abandonnée durant la première guerre punique, Kerkouane a préservé toutes ses composantes architecturales et urbanistiques. La « punicité » de cette ville se reflète non seulement dans l’architecture et l’urbanisme mais aussi dans le genre de vie, la vie socio-économique, ainsi que certaines pratiques religieuses et funéraires.

Cité côtière, la ville de Kerkouane est dotée d’un petit port et apparaît comme étant dépendante de la mer. Elle devait s’adonner au commerce avec d’autres ports méditerranéens vers lesquels elle exportait des produits agricoles mais aussi artisanaux.

Plan général :

En respectant un plan d’urbanisme préétabli, les quartiers d’habitation et les édifices publics, civils ou religieux sont très bien disposés. Avec ses rues perpendiculaires et ses places aménagées à l’abri de remparts flanqués de tours, la ville est élaborée à l’intérieur d’une muraille séparant la cité des vivants des nécropoles et des terres cultivables. Particulièrement larges, les rues permettent une circulation piétonne bien aisée en donnant à la cité un aspect très aéré. En se rassemblant aux places des cités orientales, l’espace des places est plus au moins ouvert sur d’autres bâtiments. Ces places ne s’apparentent pas en rien au forum des cités romaines ou à l’agora des cités grecques.En raison du drainage des eaux usées, Kerkouane possède un système hydraulique très remarquable ainsi que des canalisations, un réseau de citernes et des gargouilles pour les eaux de ruissellement.

De forme quadrilatère, les maisons ont été construites selon un plan type. La porte d’entrée donne sur un couloir qui permet de conserver l’intimité de la vie familiale. Le portique est supporté par de colonnes à base cylindrique et la cour comporte souvent un puits ainsi qu’un départ d’escalier qui conduit à une chambre haute. Certaines chambres possèdent des armoires aménagées dans les murs sous forme de niches. Le sol des pièces est pavé en opus signinum, avec des éclats de marbre blanc  ou en opus tesselatum avec des éclats de verre bleu. Toutes les habitations sont dotées de toutes les commodités. On trouve alors dans chaque maison une baignoire avec un ou deux sièges pavée de mosaïques primitives et couverte d’un enduit rouge hydrofuge.

Nécropoles :

Le site de Kerkouane abrite deux grands sanctuaires puniques qui sont situés au cœur de la ville et non pas en périphérie comme c’est généralement le cas pour les villes romaines. Les nécropoles puniques sont au nombre de quatre: deux côté murailles et deux en bord de mer. Elles témoignent d’une architecture purement punique. En effet, la nécropole d’Erg El-Ghazouani est située sur une colline rocheuse à moins d’un kilomètre de la ville. Elle offre un témoignage inestimable sur l’architecture funéraire punique de cette époque. Cette nécropole est constituée de caveaux de type classique avec un escalier, un dromos et une chambre funéraire. Il s’agit donc de la partie la mieux conservée de Kerkouane dont les tombes s’éparpillent tout au long des collines côtières de l’extrémité du Cap Bon.

Besoins en matière de protection et de gestion :

La loi 35-1994 relative à la protection du patrimoine archéologique a permet de protéger tous les biens du site puisque Kerkouane est l’unique cité punique la plus reconnue en Méditerranée. En effet, l’Institut National du Patrimoine (INP) est la responsable de l’application du code du patrimoine et la valorisation du site est sous la responsabilité de l’agence de mise en valeur du patrimoine.


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