Chef-lieu administratif de l’île tunisienne de Djerba, Houmt Souk se situe à une vingtaine de kilomètres d’Ajim (point d’arrivée sur l’île par bac) et d’El Kantara (point d’arrivée sur l’île par la chaussée dite romaine). C’est la principale ville de la municipalité de Djerba-Houmt Souk qui est à la fois le chef-lieu d’une délégation et le siège d’une municipalité comptant quatre arrondissements pour 75 904 habitants d’après le recensement de 2014 et couvrant 176,54 km2 sans compter l’arrondissement de Mezraya. Depuis 2004, la ville abrite à elle seule une population de 44 555 habitants appelés Souaga (pluriel de Sougui) par les autres habitants de l’île. Houmt Souk se serait développée sur l’emplacement d’une ancienne ville romaine appelée Gerba ou Girba, lieu de naissance de deux empereurs romains, Trébonien Galle et son fils Volusien; elle a donné son nom à l’ensemble de l’île.

Histoire

Houmt Souk serait née vers la fin du XIVe siècle, après la construction par les Hafsides du Borj El Kebir à la suite de l’expulsion des soldats d’Alphonse V d’Aragon. Toutefois, cette ville se serait développée sur l’emplacement d’une ancienne cité romaine appelée Gerba ou Girba qui était aussi un port et qui fut, au IIIe siècle, à côté de la cité de Meninx, la ville comptant la plus forte concentration de population sur l’île.

Kamel Tmarzizet indique que la Table de Peutinger situe Girba au nord de l’île, et que l’historien latin Aurelius Victor précise que « la cité de Girba eut l’honneur de donner le jour à deux empereurs romains Gallus et son fils Volusianus ; ceux-ci eurent il est vrai un règne assez éphémère en 251 et 252 apr. J.-C. ».

Tmarzizet ajoute que des textes tirés des comptes-rendus des conciles de Carthage, rédigés par des auteurs latins, révèlent que Girba était le siège d’un évêché, que son évêque participa en 256 au premier concile de Carthage et que l’évêque Vincentius représenta tout le Sud tunisien au concile de Carthage en 525. Au Moyen-âge, des voyageurs arabes rapportent que « la cité de Girba était une ville morte, déserte de toute population mais dans un état de conservation relativement bon. Derrière ses remparts, on peut encore voir des demeures, des monuments et des temples à l’aspect magnifique et resplendissant ». Cette description est confirmée par l’historien et témoin oculaire, Et-Tijani, au début du XIVe siècle, qui précise que l’emplacement de Girba correspond à celui de l’actuelle Houmt Souk. Il dit qu’il s’agit « d’une ancienne cité dont les monuments, les remparts et les œuvres d’art sont construits en pierre de bel appareil ». Des fouilles effectuées dans le Borj El Kebir en 1975 ont permis d’exhumer une stèle en marbre blanc portant une dédicace à un empereur. Il s’agit d’un témoignage sur la localisation de la cité et sur l’existence à l’époque d’une république. Girba aurait été donc le témoin d’une multitude de civilisations : numide, punique, romaine, vandale, etc.

Les corsaires et pirates font du Borj El Kebir leur repère pendant plusieurs siècles ; c’est ainsi que la fameuse bataille de Djerba a lieu à l’extrémité nord du site. Houmt Souk est un ancien centre commercial dynamique avant de devenir un centre urbain important.

Sous le protectorat français (1881-1956), l’île de Djerba est divisée en douze cheikhats ; Houmt Souk est alors le chef-lieu du cheïkhat de Taourit et, en décembre 1887 elle devient centre régional et chef-lieu administratif de Djerba. C’est dans le Borj El Kebir que, le 28 juillet 1881, les troupes françaises s’installent après avoir pris l’île. Elles y restent jusqu’en 1903, date à laquelle le fort passe aux mains des autorités tunisiennes alors que l’administration de l’île est passée à l’autorité civile en 1890 après avoir été de l’autorité militaire.

En 1956, lorsque la Tunisie obtient son indépendance, Houmt Souk devient le chef-lieu de l’unique délégation de Djerba. La circonscription de Houmt Souk est créée le 4 mars 1977 et la municipalité de Djerba-Houmt Souk le 8 avril 1985, date à laquelle deux délégations additionnelles voient le jour : Midoun et Ajim. Le 8 février de la même année, deux autres municipalités sont également créées.

Animation commerciale

Houmt Souk est un des rares endroits un peu animés et pourtant authentiques de l’île. Bien entendu ses souks, comme partout ailleurs en Tunisie, ne sont qu’une succession de vendeurs criant et apostrophant chaque passant à qui mieux. Cependant le souk général offre vraiment un spectacle que l’on ne trouve pas partout dans le pays  : des tissus venus d’ailleurs, un choix gigantesque.

Les musées

La ville abrite le musée du patrimoine traditionnel de Djerba qui présente un panorama de l’histoire djerbienne, situé non loin de la mosquée des Étrangers. Ce musée permet de découvrir les richesses folkloriques de l’île, ses traditions et son économie à travers des bijoux cloisonnés et incrustés de verre coloré, des lampes en poterie ajourées, des métiers à tisser, des coffres, des costumes traditionnels de divers groupes sociaux et ethniques, des exemplaires du Coran et des coffres à Coran, des ustensiles de cuisine, un atelier de potier, des poteries de tailles différentes naturelles et émaillées, ainsi que de grandes jarres.

Le fort de Borj El Kebir

C’est un monument historique dont la construction aurait été ordonnée vers 1392 et réalisée en 1432. Il fait 68 mètres de longueur sur 53 mètres de largeur, avec une muraille d’environ dix mètres de hauteur et de 1,20 à 1,50 mètre d’épaisseur. Construit sur le front de mer, sur les ruines de la cité de Girba, il était à l’origine entouré d’un fossé d’environ douze mètres de largeur avec un pont-levis qui servit d’entrée jusqu’au XIXe siècle.

Les édifices religieux

La ville abrite de multiples mosquées aux styles variés, il existe par ailleurs plusieurs petites synagogues à la Hara Kbira (quartier jadis exclusivement juif et actuellement mixte aux plans ethnique et religieux). De plus, une église catholique de style maltais a été érigée vers 1848 dans l’ancien quartier maltais des vieux fondouks, en plein centre de Houmt Souk, par un prêtre de la mission de saint Vincent de Paul, aidé par l’évêque Gaetano Maria de Ferrare. Djerba